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La Valse Ă  mille temps Emma Bernard

France 🇫🇷 · français · 2021

Œuvre liée : La Valse à mille temps

Présentation

Pays : France 🇫🇷 Année : 2021 Titre de la chanson : La Valse à mille temps Information apparue dans le JEF de mars 2021 Œuvre : La Valse à mille temps Contenu : Emma Bernard, âgée de 17 ans, a écrit une nouvelle inspirée par la chanson de Jacques Brel quand elle était en rhéto à l'Institut St-Michel de Neufchâteau.…

Contenu

Pays : France 🇫🇷 Année : 2021 Titre de la chanson : La Valse à mille temps Information apparue dans le JEF de mars 2021 Œuvre : La Valse à mille temps Contenu : Emma Bernard, âgée de 17 ans, a écrit une nouvelle inspirée par la chanson de Jacques Brel quand elle était en rhéto à l'Institut St-Michel de Neufchâteau. La Valse à mille temps Une valse ça s'entend A chaque carrefour Dans Paris que l'amour Rafraîchit au printemps Une valse à mille temps Jacques Brel, La Valse à Mille temps Temps zéro. Madame, Le souvenir de notre rencontre dans le parc Monceau, par cette belle après-midi ensoleillée de juin 1912, ne cesse de me revenir en tête, comme un flashback aux notes amères mêlées de sucré. Je revois votre frêle silhouette, timide, jolie, vêtue d’une jupe longue vert d’eau découvrant vos chevilles délicates, ainsi que d’un ravissant chemisier blanc qui vous allait au teint. Vous étiez coiffée d’un chapeau de paille, et vos lèvres, fines, peintes en rouge vif, ne souriaient pas. Un enfant a crié dans le bac à sable, à deux pas du banc sur lequel vous étiez assise, et vous avez levé la tête, alertée par cet appel à l’aide qui n’en était pas un. Je me suis demandé si vous étiez mère. Vous n’en aviez pas l’air. Je n’aurais su dire pourquoi. Vous vous êtes redressée pour réajuster votre tenue. J’ai trouvé vos manières douces et maladroites ; cela m’a attendri. Pour attirer votre attention, j’ai fait mine de laisser échapper de mes mains la mallette en cuir dont je prenais habituellement grand soin. Mon stratagème a eu l’effet escompté : vous vous êtes tournée dans ma direction, si lentement que je me suis senti bête d’avoir osé vous déranger, d’avoir eu le cran de perturber l’aura de paix dans laquelle vous paraissiez flotter. Finalement, nos regards se sont croisés pour la première fois. On dit souvent que les yeux sont les soupiraux de l’âme ; jamais je n’oublierai la triste couleur dont étaient teintés les vôtres, prunelles aux iris clairs et fatigués. Vous n’étiez pas comme les autres, vous sembliez absente, et c’est ce vide dans votre regard brisé que j’ai aimé, aussi fort que je vous ai aimée. L’inconnu du parc Monceau *** Temps un. Madame, Le lendemain de notre rencontre, je suis retourné au parc, dans l’espoir de vous y trouver. Suite à votre départ précipité de la veille, je n’avais pensé qu’à vos yeux peinés, et j’avais même eu la décence (l’audace, me direz-vous), d’espérer un jour vous voler un sourire. Instantanément, je vous ai reconnue, là, assise sur votre banc, les cheveux remontés en un chignon romantique piqué de fleurs de jasmin fanées. Prenant mon courage à deux mains, je me suis approché de vous et vous ai saluée. Vous n’avez pas répondu à mon bonjour. Pas tout de suite. Vous avez préféré nous faire attendre, ma mallette en cuir, mes joues empourprées et moi. J’ai trouvé votre attitude cruelle, mais cela me plaisait. Quelque chose en vous m’intriguait. « Qui êtes-vous ? ». J’ai aimé votre voix. Douce et fragile, façonnée à votre image. Cette fois, c’est moi qui ai gardé le silence, les mots ne me semblant pas de circonstances pour m’exprimer, du moins pas à vos côtés. Vous aviez l’air d’apprécier le calme, aussi me suis-je tu, pour vous apprivoiser. J’ai plongé mon regard dans le vôtre. Si l’on dit que l’iris est comme le diaphragme de l’œil, les vôtres semblaient vous empêcher de respirer. J’ai trouvé cela tant magnifique que triste. Je n’ai pas compris. J’avais envie de toucher votre peau, si fine qu’en la frôlant j’aurais pu la blesser, alors je vous ai tendu la main, et lorsque j’ai senti vos doigts frêles se glisser à travers les miens, grossiers, j’ai eu le sentiment que vous m’offriez votre confiance, à moi, l’inconnu du parc Monceau. J’ai serré mon étreinte plus fort, apportant un peu de chaleur à vos mains gelées de mélancolie, tandis que vous réchauffiez mon cœur. « Apprenez-moi à danser ». Nous avons entamé une valse, nos pieds flottant sur l’herbe perlée de rosée. 1, 2, 3 , vos pas dansaient, étourdis mais élégants, 4, 5, 6 , gauches mais charmants, 7, 8, novices mais tendres. Vous étiez ma princesse, j’étais votre chevalier de fortune. Ce soir-là, j’aurais préféré être un voleur, mais votre sourire n’était pas aisé à dérober. L’inconnu du parc Monceau *** Temps cinq-cents. Madame, Lorsque nous nous sommes vus pour la troisième fois, nous étions mercredi. Je suis arrivé au parc, sans ma mallette en cuir, parfumé d’eau de Cologne que j’avais vaporisée avec parcimonie dans le creux de mon cou et sur mes poignets. Je voulais être agréable, pour vous, parce que si vous n’aviez pas l’air sensible au bruit, vous deviez certainement l’être aux odeurs. Je vous ai fait signe, à quelques mètres de votre banc, mais vous n’avez pas semblé me reconnaître, aussi suis-je venu à vous. « Qui êtes-vous ? ». Votre question m’a décontenancé. Je vous l’ai retournée. « Lilianne », m’avez-vous chuchoté à l’oreille. J’ai trouvé votre confidence délicieuse. Je vous ai demandé si je pouvais vous appeler par votre prénom, voyiez-vous, il était si joli, et vous avez souri, vous avez souri, Lilianne, vous avez souri. Merveilleusement, vous avez souri. J’ai aimé cet instant comme j’aimais votre odeur de musc et de fleur d’oranger. Vous n’avez pas remarqué mon eau de Cologne. Ce mercredi-là, peu m’importait. Nous avons recommencé notre danse là où nous l’avions laissée le jour d’avant. 9, 10 . 1, 2, 3. « Tu danses bien ». J’ai laissé échapper un rire timide. Votre « tu », était tendre, insouciant, il m’a plu. L’inconnu du parc Monceau *** Temps mille. Lilianne, Nous avions pris l’habitude de nous retrouver tous les jours, nous accordant quelques heures de répit lors desquelles nous nous abandonnions à nos songes absents, car c’était comme ça, avec vous ; nous ne parlions pas, nous dansions peu, nous rêvions beaucoup. « Qui êtes-vous ? ». J’ai fini par comprendre, Lilianne, bien trop tard, et j’en suis désolé, qui vous étiez. Une femme malade, non pas de tristesse, mais de souvenirs envol

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